Avoir un CDI est-il encore une priorité ? Ce que j’observe chez les jeunes générations
Depuis quelques mois en formation, j’échange beaucoup avec des jeunes qui entrent sur le marché du travail. Des alternants, des jeunes managers, des salariés en début de carrière.
Et une question revient souvent, parfois clairement, parfois fondue dans les discussions : Est-ce que le CDI est encore une priorité aujourd’hui ?
Pendant longtemps, la réponse semblait évidente. Le CDI représentait une forme de réussite professionnelle : stabilité, sécurité financière, reconnaissance sociale. Mais dans les échanges que j’ai avec les jeunes générations, je sens que le rapport à ce fameux CDI est en train d’évoluer.
Pas forcément par rejet, mais par changement de perspective.
Le CDI : un symbole très ancré dans notre culture du travail
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut se rappeler d’où vient cette importance du CDI.
Pendant des décennies, le modèle professionnel dominant était relativement clair :
- On trouvait un emploi stable.
- On restait longtemps dans la même entreprise.
- On construisait progressivement sa carrière.
Dans ce contexte, le CDI représentait bien plus qu’un contrat, c’était un repère de sécurité.
Il permettait :
- d’accéder plus facilement au logement,
- d’obtenir un crédit,
- de construire une trajectoire professionnelle lisible.
Mais ce modèle correspondait aussi à une époque où les parcours étaient plus linéaires et où les entreprises offraient davantage de perspectives internes. Aujourd’hui, le contexte a profondément changé.
Une génération qui arrive sur un marché du travail différent
Les jeunes qui entrent aujourd’hui sur le marché du travail n’ont pas grandi dans le même contexte. Ils ont connu :
- les crises économiques successives,
- la précarité de certains débuts de carrière,
- la transformation rapide des métiers.
- des parcours professionnels moins linéaires que ceux de leurs parents.
En France, la stabilité professionnelle des jeunes a fortement évolué. Selon plusieurs analyses du marché du travail, la part des jeunes actifs occupant un emploi stable a diminué au cours des dernières décennies. En 1982, environ 75 % des jeunes actifs de 15 à 24 ans occupaient un emploi stable, contre 43 % seulement en 2023. Le marché du travail est devenu plus flexible et les débuts de carrière sont aujourd’hui souvent marqués par des contrats plus courts ou des parcours plus fragmentés.
(Source : https://www.helloworkplace.fr/jeunes-generations-emploi-etude-salaire/)
Autrement dit : le CDI reste valorisé, mais il est moins accessible et moins central dans les parcours qu’autrefois. Dans le même temps, les attentes vis-à-vis du travail ont changé. Plusieurs études montrent que les jeunes générations accordent désormais une grande importance :
- au sens du travail,
- aux valeurs de l’entreprise,
- à l’équilibre de vie.
Certaines recherches menées sur les nouvelles générations indiquent que les critères de choix professionnels intègrent de plus en plus des dimensions liées à l’utilité sociale du travail, à l’autonomie et à la qualité de vie (Source : https://en.sciencespo-grenoble.fr/blogs/quelles-attentes-des-jeunes-face-au-travail)
Ce que j’observe dans mes échanges avec les jeunes en formation
Dans les discussions que j’ai avec mes apprenants, je remarque quelque chose d’assez intéressant. Le CDI n’est plus forcément l’objectif numéro un. Certains me disent par exemple : « Je préfère un travail intéressant qu’un CDI où je m’ennuie. » Ou encore : « Si je signe un CDI mais que je sais que je ne vais rien apprendre, je ne suis pas sûr d’y rester longtemps. »
Ce que je perçois, ce n’est pas un manque de stabilité, c’est plutôt une hiérarchie différente des priorités.
Beaucoup cherchent d’abord :
- apprendre,
- évoluer,
- développer des compétences,
- préserver un équilibre de vie.
Le contrat reste important, bien sûrn mais il n’est plus toujours considéré comme le critère principal.
Le CDI ne suffit plus à lui seul à créer l’engagement
Une autre évolution apparaît dans les études sur la génération Z.
Selon certaines enquêtes récentes, une grande majorité d’employeurs (77%) considère que les jeunes générations sont aujourd’hui moins disposées à sacrifier leur équilibre de vie pour leur travail, comparativement aux générations précédentes. (Source : https://www.edenred.fr/magazine/votre-quotidien/ressources-humaines/gen-z-travail-nouveaux-equilibres-entre-generations-en-entreprise)
Cela ne signifie pas qu’ils travaillent moins, cela signifie souvent qu’ils cherchent un rapport plus équilibré au travail.
Dans le même temps, certaines études montrent aussi que la réalité reste nuancée : une partie des jeunes actifs reste attentive à la stabilité financière et aux conditions économiques, ce qui montre que les attentes sont souvent multiples et parfois contradictoires. (Source : https://www.grouperandstad.fr/publication/etudes/la-gen-z-en-entreprise/)
Autrement dit : Le CDI rassure encore... Mais il ne suffit plus toujours à compenser :
- un manque de sens,
- une absence de progression,
- un environnement de travail insatisfaisant.
Cette question du sens au travail revient d’ailleurs très souvent dans les réflexions professionnelles que j’accompagne, notamment chez les personnes qui ressentent un décalage entre leur travail et leurs valeurs (voir l’article : https://atelierboussole.fr/se-liberer-des-injonctions-sociales/).
La vraie sécurité est peut-être en train de changer
Pendant longtemps, la sécurité professionnelle reposait principalement sur le contrat de travail. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes semblent penser que la sécurité se construit autrement.
Par exemple à travers :
- les compétences,
- l’employabilité,
- la capacité d’adaptation.
Le marché du travail évolue rapidement : Les métiers changent, certains disparaissent, d’autres apparaissent. C’est d’ailleurs un sujet que j’aborde souvent avec les personnes qui s’interrogent sur leur trajectoire professionnelle ou qui envisagent une évolution de carrière (voir aussi : https://atelierboussole.fr/travail-qui-ne-nourrit-plus/).
Dans ce contexte, rester employable peut parfois apparaître comme une forme de sécurité plus durable que la seule stabilité contractuelle.
Le CDI n’est pas devenu inutile… mais il n’est plus le seul repère
Il serait caricatural de dire que les jeunes ne veulent plus de CDI. Beaucoup continuent à le rechercher.
Mais il n’est plus forcément perçu comme le graal absolu.
Le regard sur le travail devient plus nuancé.
Mais les jeunes générations semblent accorder autant d’importance à :
- la qualité du travail,
- l’environnement professionnel,
- les perspectives d’évolution,
- la cohérence avec leurs valeurs.
Et lorsque cette cohérence disparaît, certaines personnes peuvent progressivement se désengager ou ressentir une forme d’usure professionnelle silencieuse (un mécanisme que j’explique aussi dans cet article : https://atelierboussole.fr/ennui-professionnel-boucles/).
Pour certaines personnes, ces questionnements peuvent aussi être le point de départ d’une réflexion plus large sur leur trajectoire professionnelle.
Dans ces moments-là, prendre le temps de clarifier ses valeurs, ses compétences et ses envies peut être une étape importante (voir la page : https://atelierboussole.fr/particulier/bilans-de-competences/).
À retenir
1 – Le CDI a longtemps représenté le principal symbole de sécurité professionnelle.
2 – Les jeunes générations arrivent aujourd’hui sur un marché du travail plus incertain et plus flexible.
3 – Le sens, les valeurs et l’équilibre de vie prennent une place croissante dans les attentes professionnelles.
4 – Le CDI reste important, mais il ne suffit plus toujours à garantir l’engagement.
5 – La notion de sécurité professionnelle évolue et passe aussi par les compétences et l’employabilité.
Je suis Marie-Anne. Depuis plusieurs années, j’accompagne celles et ceux qui ressentent ce flottement professionnel, sans crise visible mais avec une perte d’élan. Mon rôle n’est pas de vous pousser à quitter votre poste. Mon rôle est de vous aider à comprendre ce qui se joue réellement, pour décider avec lucidité et cohérence.

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