Fatigue morale au travail en période d’incertitude : comment se recentrer et reprendre le contrôle.
Ces dernières semaines, je le ressens partout.
En séance, dans les échanges informels, dans mon entourage…
(Et même pour moi, je vous l’avoue!)
Les gens sont fatigués !
Pas juste “un peu démotivés”, fatigués moralement.
Secoués et même inquiets.
On traverse une période d’incertitude forte.
Autant au niveau économique, politique que social, et cette instabilité diffuse finit par s’infiltrer dans nos vies professionnelles.
Beaucoup me disent : « Je ne sais plus si c’est mon travail le problème… ou le contexte. »
« J’ai envie de tout changer… mais j’ai peur. » , « Je me sens épuisé·e sans savoir pourquoi. »
Alors aujourd’hui, j’avais envie d’en parler avec vous et sans tabou !
Pourquoi nous sommes plus fatigués en période d’incertitude ?
Quand le monde semble instable, notre cerveau se met en alerte.
Même si, objectivement, rien n’a changé dans notre poste, même si notre entreprise tient debout, même si notre salaire tombe toujours.
L’incertitude crée une tension invisible.
Elle active :
- la peur de perdre
- la peur de manquer
- la peur de se tromper
- la peur de bouger au mauvais moment
Cette tension permanente épuise.
C’est une fatigue différente du simple manque de motivation.
J’en parlais d’ailleurs dans mon article sur la baisse de motivation au travail en période difficile, notamment liée à la dépression hivernale.
Mais ici, ce n’est pas seulement saisonnier.
C’est plus profond, plus diffus. C’est vraiment collectif.
Nous sommes exposés en continu à des informations anxiogènes, nous absorbons des projections négatives. Notre système nerveux, lui, ne fait pas toujours la différence entre “information” et “danger”. Résultat : on est en hypervigilance. Et l’hypervigilance, ben ça fatigue!
Ce que je constate dans mes accompagnements, en ce moment…
Depuis quelques mois, j’observe quelque chose de très clair autant en bilan de compétences, en formation et en coaching.
Les personnes arrivent plus hésitantes, plus fragilisées, et surtout plus incertaines face à l’avenir. Certaines me disent :
« J’ai envie de me reconvertir… mais est-ce bien raisonnable maintenant ? »
« J’ai l’impression que tout est instable, je ne sais plus quoi décider. »
D’autres ne parlent même pas de reconversion, elles parlent d’un flou, d’un brouillard professionnel. De cette sensation de ne plus savoir quoi faire de sa vie pro.
De se sentir perdu professionnellement sans savoir si c’est structurel… ou conjoncturel. Et surtout… est-ce encore raisonnable de parler de bien-être au travail ou d’épanouissement, quand les taux de chômage explosent et que le coût de la vie monte en flèche ?
Et c’est là que la fatigue mentale s’ajoute à tout cela !
On a l’impression d’être moins solide, moins confiant.
Dans ces moments-là, il est essentiel de distinguer :
- une remise en question saine
- d’une décision prise sous l’effet de la peur
Le danger : prendre des décisions sous l’effet de la panique.
Quand tout secoue autour de nous, on peut avoir deux réactions opposées :
- Vouloir tout envoyer valser, très vite.
- Ne rien bouger du tout, par peur.
Dans les deux cas, la décision n’est pas posée, elle est réactionnelle.
Or une reconversion professionnelle, un changement de poste, ou même un simple repositionnement interne, méritent de la lucidité et pas de la précipitation.
J’insiste souvent en accompagnement sur les erreurs de décision en reconversion :
changer pour fuir n’est pas la même chose que changer pour construire. Ce n’est pas parce que le contexte est instable qu’il faut rester figé, mais ce n’est pas non plus une raison pour agir dans l’urgence émotionnelle. ( toujours dans la mesure du possible).
Se recentrer quand tout secoue, voici 5 ancrages :
Quand l’extérieur est instable, l’intérieur doit devenir plus structuré.
Voici ce que je conseille souvent et que j’applique aussi pour moi.
1. Réduire l’exposition à l’anxiété collective
On ne peut pas maîtriser la conjoncture. Mais on peut maîtriser notre consommation d’informations.
Moins d’alertes, moins de notifications, de projections catastrophistes.
Plus de prise de recul.
2. Revenir à ses valeurs
Quand tout bouge, les valeurs restent.
Clarifier ses valeurs permet de retrouver un axe stable.
Ce que vous défendez, ce que vous refusez, ce qui a du sens pour vous.
C’est souvent là que la boussole se réactive.
3. Faire un point factuel sur sa situation
Est-ce mon poste qui est problématique ?
Mon environnement ou ma fatigue ?
Mettre à plat les faits permet d’éviter les décisions émotionnelles.
4. Revenir à son cercle de contrôle
On ne contrôle pas l’économie mondiale.
Mais on contrôle :
- ses compétences
- son positionnement
- sa manière d’évoluer
- son plan d’action
Se recentrer, c’est reprendre du pouvoir là où il existe réellement.
5. Se faire accompagner plutôt que ruminer seul·e
C’est souvent le point de bascule.
Quand on reste seul avec ses peurs, elles grossissent.
Quand on les met en mots, elles s’organisent.
Un bilan de compétences, par exemple, n’est pas une décision radicale.
C’est un espace structuré pour réfléchir.
Un temps pour faire le point professionnellement sans pression.
Ce que je crois profondément
Les périodes instables ne sont pas uniquement des périodes dangereuses. Elles sont révélatrices.
Parce qu’elles révèlent :
- nos fragilités,
- nos incohérences,
- nos besoins non respectés,
- nos désalignements.
Mais elles révèlent aussi notre capacité d’adaptation.
Se recentrer quand tout secoue, ce n’est pas fuir, ce n’est pas nier la réalité :
C’est choisir de ne pas laisser le bruit extérieur décider à votre place.
Si vous vous sentez fatigué·e moralement, secoué·e, incertain·e…
Ce n’est peut-être pas un signe qu’il faut tout quitter.
C’est peut-être un signe qu’il est temps de poser les choses, structurer la réflexion.
Clarifier ce qui vous appartient… et ce qui ne vous appartient pas.
Et parfois, ce simple recentrage change déjà énormément la donne!
À retenir
1 – La fatigue morale au travail en période d’incertitude est normale : notre cerveau réagit au climat ambiant, même si notre situation personnelle n’a pas changé.
2 – L’instabilité économique et sociale augmente la tension intérieure et peut amplifier le doute professionnel.
3 – Il est essentiel de distinguer une remise en question profonde d’une décision prise sous l’effet de la peur.
4 – Se recentrer, c’est revenir à ses valeurs, à ses faits, à son cercle de contrôle.
5 – Avant de tout changer, il peut être plus puissant de faire un point structuré et lucide sur sa situation.
Je suis Marie-Anne. Depuis plusieurs années, j’accompagne celles et ceux qui traversent des périodes de doute professionnel. Mon rôle n’est pas de vous dire quoi faire. Mon rôle est de vous aider à y voir clair. Retrouver un cap, sans pression, sans solution toute faite, mais avec structure et lucidité.
Découvrir mon accompagnement en bilan de compétences
Une réponse à “Fatigue morale au travail en période d’incertitude : comment se recentrer et reprendre le contrôle. ”
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